Un grandiose projet festif étudiant à portée de main
31/10/2018

 

Basile Pachkoff

Favoriser la renaissance de la fraternité festive mondiale

des étudiants dans la continuité de la Corda Fratres

Il y a cent-vingt ans, le 24 novembre 1898 était proclamé à Rome la première Fédération internationale des étudiants dite : Corda Fratres. Mots qui signifient en latin « les Cœurs Frères ».

Ni politique, ni religieuse, ni commerciale, ni humanitaire, elle prospéra sur les cinq continents jusqu’en 1914 et compta des dizaines de milliers d’adhérents. 10 000 aux États-Unis, autant en Italie, etc. En 1898, l’étudiant turinois en fin d’études Efisio Giglio-Tos, fondateur de la Corda Fratres, estimait à un demi-million le nombre total des étudiants de la planète.

Puis, malgré son immense succès initial, la Corda Fratres déclina, disparut et fut oubliée. Sa disparition s’explique par ses quatre faiblesses majeures dans le domaine organisationnel.

Les quatre faiblesses organisationnelles de la Corda Fratres

Une société apolitique très politique – La première erreur fondamentale fut de concevoir une société apolitique construite sur la base des nations. Or il n’y a rien de plus politique que les nationalismes. La politique chassée par la porte revenait par la fenêtre. En effet, qu’il s’agisse de fédéralisme, nationalisme, autonomisme, indépendantisme, sécessionnisme ou du souvenir des guerres et conflits passés, on revient toujours à la politique et on abandonne l’apolitisme.

Prenez un étudiant de Heidelberg, un de Louvain et un de Perpignan. Si vous dites en parlant d’eux : « un étudiant allemand, un étudiant belge et un étudiant français », vous ramenez la politique avec le souvenir des conflits entre l’Allemagne, la France et la Belgique. Tandis que si vous dites : « un étudiant de Heidelberg, un de Louvain et un de Perpignan » vous évitez la politique. Heidelberg n’a jamais fait la guerre à Louvain ou à Perpignan !

Les étudiants eux-mêmes se reconnaissent par leur ville, leur branche d’études et leur école. Par exemple, un étudiant en médecine d’une faculté de Paris se reconnaît d’abord comme étudiant en médecine, de ladite faculté et de Paris, bien avant de se définir aussi comme Français ou étranger.

L’erreur de structurer par nations la Corda Fratres a été mise en évidence en 1905 par Léon Delamarche, président de l’Association générale des étudiants de Paris ¬ AGEP. Critiquant le mode de fonctionnement de la Corda Fratres, il écrit que pour réussir, elle aurait dû :

« …pour cela, abandonner son ambition de centralisation excessive et de réglementation uniforme, répudier la complication inutile, et souvent gênante, de ses statuts. Il lui eût fallu également, afin d’éviter les querelles nationales, qui, se reproduisant à chaque congrès entre les étudiants des pays danubiens, y ont jusqu’ici empêché toute discussion pratique, adopter, au lieu du vote par États ou par nations, le vote par Universités. C’est cette organisation nouvelle que le président de l’Association de Paris, profitant de l’occasion d’une réunion franco-italienne, nombreuse et de la présence autour de lui de délégués de plusieurs associations provinciales d’étudiants préconisa au nom de ses collègues. »

L’erreur de la centralisation Cette complication excessive résultait de la deuxième erreur fondamentale de la structure « cordafratrine » : sa centralisation au plan mondial. On peut se demander ce que peut signifier le fait de vouloir faire payer à un étudiant de Bombay une cotisation d’adhésion à une association internationale basée en Italie. Un mouvement tel que la Corda Fratres aurait du reposer sur des sections libres, indépendantes et autogérées, formant des nébuleuses festives citadines. Chaque école a son identité propre, sa représentation doit rester indépendante.

Le rôle mal venu des anciens – Les jeunes aiment les anciens. Ils aiment aussi leur indépendance. La troisième erreur fondamentale dans la structure de la Corda Fratres est d’avoir voulu attribuer une partie du pouvoir de direction à d’anciens étudiants. Ils formaient un « Sénat des anciens ».

L’erreur francophile – La dernière des quatre erreurs fondamentales affaiblissant la Corda Fratres est l’amour de la France, la francophilie. Quand la guerre éclate entre la France et les empires centraux en août 1914, la Corda Fratres prend le parti des Français et tourne le dos à l’apolitisme.

Destruction et oubli de la Corda Fratres – Après toutes ces erreurs, le terrain intérieur de la Corda Fratres est prêt à connaître la contagion des luttes politiques violentes du début des années 1920 en Italie. Le résultat de ces affrontements se solde par la liquidation de la section italienne de la Corda Fratres. Elle est dissoute et ses biens confisqués par le nouveau pouvoir fasciste. C’était la section mère de la Corda Fratres. Elle jouait un rôle essentiel dans cette organisation. La Corda Fratres disparaît et est oubliée jusqu’en 1999, année où paraît le premier livre consacré à sa riche histoire. Il est en italien, d’Aldo Mola, et n’a malheureusement pas été traduit en d’autres langues.

Comment j’ai connu la Corda Fratres – J’ai eu la chance de la découvrir au début des années 2000 en Italie. Ceci grâce à ma rencontre directe ou téléphonique avec ses deux spécialistes et historiens italiens de la fête étudiante : Marco Albera et Aldo Alessandro Mola. En 2006, j’ai décidé de raviver la flamme de la Corda Fratres. Mais comment procéder ? Il m’a fallu douze années de réflexion et d’actions festives pour parvenir à des propositions concrètes, positives et réalisables.

Une renaissance grandiose, réalisable et souhaitable

Un bilan à tirer pour embellir l’avenir de la jeunesse universitaire – Il faut tirer le bilan des erreurs du passé. Tout d’abord refuser catégoriquement d’envisager une ou des structures sur une base nationale, fédérale ou internationale. Il faut partir des villes. On ne parlera jamais d’un étudiant français, mais par exemple d’un étudiant de Strasbourg, Tours ou Paris. Aucune centralisation. La structure reste familiale, basée sur l’autogestion, comme la famille l’a toujours été. Et ça marche plutôt bien, depuis des milliers d’années. Aucun pouvoir sur les jeunes donné aux « vieux ». Les étudiantes et étudiants sont assez débrouillards et intelligents pour se diriger seuls.

Aucun sentiment surévaluant ou rejetant quelque peuple, ville ou pays que ce soit, nous sommes tous ami(e)s. Sur ces bases, promouvoir, par exemple la rencontre entre des tunas universitaires de Malaga, Madrid ou Porto, et des fanfares étudiantes de Paris ou Bordeaux. Développer un maillage affectif planétaire entre les étudiants en médecine du monde entier. Susciter des voyages où les étudiants s’hébergent les uns chez les autres, comme cela se faisait jadis dans la Corda Fratres, etc.

Aux étudiantes et étudiants d’agir !!! – Ce projet fraternel, festif et universel est à développer. Il appartient à la jeunesse universitaire de s’en emparer. Le faire vivre et fructifier. La Cité internationale universitaire de Paris peut y jouer un grand rôle pour relayer l’information dans de très nombreuses villes universitaires de par le monde. J’ai initié ce projet il y a douze ans. Nous mettrons le temps qu’il faudra. Mais nous arriverons à la réussite. C’est pour moi une certitude.

Faisons du 24 novembre, date de la proclamation de la Corda Fratres, la Fête mondiale des étudiants. Et mutualisons toutes nos fêtes. Notamment le Carnaval de Paris et le Carnaval des Femmes que j’organise à Paris. Les étudiantes et étudiants du monde entier y sont les bienvenus. Et le Carnaval des Femmes Fête des Reines des Blanchisseuses de la Mi-Carême a été longtemps la fête traditionnelle des étudiantes et étudiants parisiens, unis dans la joie, le carnaval et l’amitié.

 Basile Pachkoff, ex élève des Beaux-Arts, Paris le 29 octobre 2018

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