Cette année encore, à partir de la rue du Faubourg-du-Temple (depuis le
carrefour Belleville), le cortège empruntera une partie du parcours de la
célèbre Descente de la Courtille. Cette grandiose parade
carnavalesque exista depuis les années 1820, jusqu'à 1862 environ.
Jusqu'en 1937 et encore à cette époque, Paris comme d'innombrables
autres villes connaissait une douane d'entrée : l'Octroi.
Jadis quantité de Parisiens se rendaient le dimanche juste à la lisière
de Paris, en-dehors de la ville pour faire la fête, danser et surtout
festoyer et boire moins cher.
On appelait ces lieux (au XIXème siècle) les bistrots de Barrières.
Un des plus fameux lieux festifs de ce genre se trouvait vers
l'emplacement actuel du métro Belleville. A cet endroit, la barrière des
Fermiers Généraux coupait en deux un lieu dit La Courtille,
laissant à l'intérieur de Paris la Basse Courtille et à
l'extérieur de Paris la Haute Courtille.
A l'extérieur de Paris, à cet endroit, se trouvaient un très grand
nombre de guinguettes et lieux de plaisir. On appelait couramment cet
endroit La Courtille. (Une courtille est un
jardin attenant à une ferme ; il existe encore un quartier de la Courtille
près de Paris, à Gennevilliers et un insecte porte le nom de
Courtillière).
Le moment le plus fameux de l'année, à la Courtille, était bien sûr le
Carnaval. Vers 1820, une troupe de cirque, qui avait fait la fête
au Village de Belleville au bout de la rue de Paris à Belleville
(aujourd'hui rue de Belleville à Paris) le Mercredi matin des Cendres
(le lendemain du Mardi Gras) rentra en Parade dans Paris. Elle entraîna
dans son sillage tous les fêtards de la Courtille. Ce fut la première
Descente de la Courtille. A partir de cette année là, tous
les ans, la nuit du Mardi Gras au Mercredi des Cendres, les fêtards
parisiens accouraient de tout Paris à la Courtille. Ils venaient
aussi bien des bals les plus huppés comme celui de l'Hôtel de Ville, ou du
Palais des Tuileries, que de bals plus modestes.
A 6 heures du matin, les guinguettes et établissements de plaisir
fermaient et l'immense troupe festive franchissait la Barrière de
Belleville, dévalait la rue du Faubourg du Temple, traversait la Place du
Château d'Eau (aujourd'hui Place de la République) puis prenait la Rue du
Temple jusqu'à la Seine.
On venait aussi de très loin pour assister à cette parade, qui durait
plusieurs heures. On louait des places aux fenêtres et sur de petites
estrades, sur des terrains vagues. La Descente de la Courtille fut l'un
des évènements les plus fameux du Carnaval de Paris. De cette époque
date un hymne fameux du Carnaval de Paris, intitulé La Marseillaise
de la Courtille, ainsi qu'un choeur peu connu du célèbre compositeur
allemand Richard Wagner, intitulé La Descente de la
Courtille. Ce fut la première composition musicale de Wagner qu'on
joua à Paris.
Début 1860, Paris fut agrandi et engloba différents villages autour de
la Ville (Passy, Auteuil, Grenelle ...) et ainsi le village de Belleville
entra dans Paris, avec la Haute Courtille. Les prix pratiqués à la
Courtille intégrèrent donc l'Octroi. Cependant, la Descente de la
Courtille persista encore un peu car, en 1862, un adversaire acharné de
la Descente de la Courtille (Benjamin Gastineau) écrit que la Descente de
la Courtille existe toujours. Les ennemis de cette parade carnavalesque
ont souvent prétendu qu'elle avait disparu bien avant, en 1838 ou en 1848.
En 2003, le cortège du Carnaval de Paris emprunta sur une partie de
son parcours l'intégralité du trajet de la fameuse Descente de la
Courtille.
Il existe un nombre assez important de textes extrêmement calomniateurs
contre la Descente de la Courtille, qui l'accuse en particulier
d'ivrognerie débridée, de vulgarité et même d'une violence limitée.
Beaucoup ont été, semble t-il, rédigés à une époque postérieure
à la disparition de cette Descente de la Courtille.
Il existe au Musée Carnavalet (Musée de l'Histoire de Paris) au moins
trois tableaux montrant la Descente de la Courtille. Sur l'un d'eux, on
remarquera, au premier plan, un sauvage en collant de couleur chair, dans
la tenue propre aux sauvages armés de massues et vêtus de peaux de bêtes,
qui escortaient traditionnellement le Boeuf Gras.