Sous une bise assez aigre et un ciel où apparaissent de vagues
menaces de pluie, le cortège de la reine de Paris se forme sur la place
Daumesnil, après la réception à la mairie du 12e. Il y a un peu de
retard sur l'horaire prévu, mais le pittoresque n'y perd rien, s'il est
vrai qu'un peu de désordre le favorise. Les cavaliers de la garde
républicaine, qui vont prendre la tête du cortège, sont là bons,
premiers. Le char des "Femmes qui votent" suit, avec l'auto fort
joliment décorée où prendra place Mlle Ménétrat, reine de l'Association
des élèves et anciens élèves de rhétorique, philosophie et
mathématiques. Peu à peu, arrivent les chars de la T.S.F., le char de
l'alliance franco-russe et diverses voitures où s'étale la publicité
coutumière. Enfin, le long cortège se forme tout entier : il est
assurément varié à souhait imposant par sa masse et comprend des parties
décorées avec beaucoup de goût.
En tête, les cavaliers et les trompettes de la garde républicaine.
Puis nous notons, dans l'ordre : l'Harmonie du XIVe, les étudiants, le
char de la Basoche, le Rallye Saint-Hubert de Boulogne, la reine des
Catherinettes ; les reines de l'Alimentation, de la Bonneterie, les
étudiants de Clamart, la reine de la Couture, la reine des Dactylos, les
Féministes, la reine des Fleurs, la reine de la Mode, les reines du
Music-Hall et du Cinéma, la commune libre de Montmartre, originale come
il convient ; la reine de la Parfumerie, la reine de la Corse, la
Fanfare de la ville de Paris, la République de l'ile Saint-Louis, la
reine de la Presse, le Soutien de Saint-Gilles : 153 musiciens belges,
qui sont très applaudis. Ils précédent immédiatement la reine de Paris,
dont le trône est une auto de 18 Ch. Cinq ou six chars ferment la
marche.
Le cortège se déroule par l'avenue Daumesnil, les rues de Charenton,
Crozatier et le Faubourg Saint-Antoine.
L'autre cortège, celui de la reine des reines, organisé par le Comité
général des fêtes (fédération des comités d'arrondissement), se forme, à
13 heures, devant la mairie du 12e arrondissement où Mlle Izembert,
reine des reines, ses compagnes et les reines d'Alsace et de Lorraine
sont reçues avant de monter dans les vingt-quatre voitures à chevaux qui
viennent de ranger autour de l'édifice.
A 13 heures 30, les reines d'Alsace et de Lorraine, en costumes de
leurs contrées, prennent place dans le premier landau, qui se met à la
tête du cortège ; dans les vingt landaus suivants, tous découverts et
décorés de guirlandes de fleurs en papier, montent les reines des vingt
arrondissements et leurs demoiselles d'honneur, vêtues de robes claires
et légères, malgré le vent froid et les nuages menaçants. Le
vingt-deuxième landau est destiné à la Esméralda et à ses compagnes, les
"foraines", en costumes de gitanes.
Le cortège se termine par trois voitures à la Daumont ; dans la
première, ornée de fleurs, prend place la charmante reine des reines,
Mlle Izembert, qui porte avec autant de grâce que de majesté le manteau
de cour, la couronne dorée et le sceptre. Ses demoiselles d'honneur
sont dans les deux autres voitures, qui n'ont reçu aucune décoration.
Les deux cortèges ont passé à travers deux compactes rangées de
curieux. Ni la sympathie ni les compliments ne manquent aux élues et au
spectacle qui les encadre : il manque seulement du soleil et de la
lumière. Les reines, frileuses, relèvent leurs manteaux somptueux, mais
comme leur sourire rayonne ! Et on les acclame, puisqu'elles
représentent, en ces temps mélancoliques, l'éternelle et invincible
grâce de la Parisienne.
Le quartier latin a été parcouru, dans ses principales voies, par la
cavalcade des étudiants à la gloire de Mimi-Pinson ; elle a rejoint le
cortège de la reine de Paris, pour parcourir les grands boulevards, où
la foule était presque celle des Mi-Carêmes d'autrefois.