Lettre de Jean-Sylvain Bailly, maire de Paris, au Marquis de
Lafayette, chef de l'armée parisienne.
Mr BAILLY
10. fev 90
Au milieu des précautions que nous prenons, vous et moy, Monsieur le
Marquis, pour assurer la tranquilité publique, je ne peux m'empêcher de
vous observer que c'est demain le jeudy gras, que parmi le peuple,
l'explosion de la joye est plus forte ce jour la que les autres jours de
l'année, vous penserez comme moy que pour arrêter la licence, il faut
prendre des précautions extraordinaires, vous croirez sans doute
convenable d'augmenter le nombre des patrouilles, de les multiplier non
seulement pendant le jour mais encore pendant la nuit.
Je n'ai pas besoin de vous observer que ces précautions ne peuvent
manquer d'etre rénouvellées dans les autres jours gras.
Le rétour de la liberté a quelquefois engendré une licence aumoins
momentanée. J'ignore si l'usage d'insulter les passants pendant le
carnaval, soit en criant après eux, soit en leur appliquant au dos des
formes de rats imprimées avec du blanc d'espagne, est entierement
abrogé, mais je ne doute pas que vous penserez que cet abus doit perir
avec beaucoup d'autres, et je vous serai obligé de mettre à l'ordre des
défenses expresses contre l'abus que je vous dénonce.